Vendredi 1 février 2008
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08:00
Au fil des déchirements qui traversent la communauté LGBT (terme insupportable qu'il nous faudra bien réinventer un jour), un clivage est né, une partition, presque
un schisme, entre d'un côté celles et ceux qui définissent leur identité sur les bases universalistes, humanistes et intégrantes qui font notre culture laïque et républicaine et les autres, qui
préfèrent se reconnaître et donc se regrouper à travers ce qui fait leur différence ou plutôt leur singularité.
Intégration versus émancipation. Communautarisme universel versus internationalisme.
Bien sûr, il n'est de minorité oppressée qui n'ait eu à vivre cet éclatement. Bien sûr, à chaque fois c'est par la génération nouvelle, ignorante des victoires qui la précèdent, qu'arrive le défi
et bien sûr encore, c'est ainsi que progressent les idées et que s'affirment les revendications identitaires.
Mais c'est aussi sur cet affrontement que compte le capitalisme pour maintenir précisément au seul niveau identitaire ce qui appartient pourtant au domaine général des luttes progressistes.
Quels sont ses moyens ?
En faisant en sorte que la Recherche et l'Education nationale n'intègrent pas à leurs programmes l'histoire des combats d'affirmation des minorités – ou alors certaines bien choisies -, le
capitalisme donne non seulement une vision faussée de la réalité, mais il ôte surtout aux communautés concernées toute possibilité d'assimilation des constructions historiques, morales,
politiques et philosophiques qui les composent, les privant conséquemment de toute chance d'émancipation.
Je parle de constructions et non d'éléments car il importe au capitalisme, dans tout l'art de la guerre qui est le sien, de rationner savamment pour conserver affamé, d'occuper la tête en
torturant l'estomac.
C'est à dire qu'il agit ici exactement comme il le fait avec l'ouvrier, le travailleur, le salarié quand il oublie d’enseigner les luttes syndicales.
Cela signifie t-il pour autant que ce qui déchire aujourd'hui notre communauté n'est le fait que d'une manipulation organisée par une super-structure sur laquelle nous n'avons aucune emprise ?
Ce serait imbécile de le penser. Ce serait surtout d'un insupportable cynisme que de croire que tout cela n'est en fait que combats désespérés de rats de laboratoire.
Il existe bel et bien des enjeux, des positionnements et des antagonismes au sein de notre communauté. Mais ce ne sont peut-être pas nécessairement ceux qui nous apparaissent le plus clairement.
Je prendrai pour illustrer mon propos l'exemple de l'analyse de la répartition de l'électorat de Nicolas Sarkozy au lendemain de son élection à la Présidence.
Certains partis et organisations de gauche ainsi que les médias qui leur sont proches ont eu tôt fait de qualifier le vote Sarkozy de vote "vieux", statistiques à l'appuie, sans préciser dans
leur hâte malhonnête, que certes d'un point de vue quantitatif les personnes âgées composaient un poste important de l'ensemble des suffrages mais que qualitativement, il s'agissait
majoritairement de vieux riches.
Non seulement cette attitude de la gauche de représentation nationale joue t’elle le jeu de la division et de la mise en concurrence des êtres, sport roi de la Droite extrême, mais plus grave
encore elle participe du processus capitaliste de désinformation négationniste qui renforce le cloisonnement des communautés en n’en donnant qu’une image décousue et finalement vide de pertinence
sociale.
Pour qui a connu le Marais il y a 20 ans et s'y promène aujourd'hui, il est facile de noter une évolution qualitative sensible du profil économique homosexuel type. Il est tout aussi facile de
constater également à quel sommet d'intégration est arrivé ce quartier-ghetto qui draine tous les week-ends des milliers de familles.
Dès lors, pour réellement saisir l'enjeu qui est le nôtre dans le combat contre l'homophobie, il convient d'opérer un déplacement de perspective.
La question qui se pose n'est pas celle de l'intégration contre l'émancipation mais celle de l'adhésion ou non à un modèle qui s'organise toujours au sein d'un système de classes.
L'unique problématique du capitalisme est celle de sa survie. Il est entièrement organisé autour de la mise en place permanente des conditions de son existence.
Aujourd'hui globalisé dans sa production - car il a toujours été dans sa conception -, le capitalisme n'a d'intérêt que pour la masse. Masse de produits pour une masse de consommateurs.
Il sait la diversité ennemie de son organisation globale et lutte ardemment à l'instauration de normes lui permettant de toujours fabriquer et vendre en plus grand nombre.
Et la norme, comme elle crée le marché, est l'outil de l'intégration.
Ainsi, l'homosexualité qui est donnée à voir dans le Marais n'est pas le reflet d'une intégration réussie au sens de la dissolution que certains souhaitent. Elle est la norme homosexuelle que le
capitalisme autorise pour arriver à ses fins.
C'est à travers le combat contre cette manipulation que peut se réaliser aujourd'hui la synthèse et non la somme de nos différences.
Il est temps que notre communauté arrête de répondre aux exigences du capitalisme en cherchant à tous prix à se définir selon un modèle unique.
Il est temps aussi qu'elle investisse les champs importants qui façonnent notre société mais au-delà encore que se construise à gauche toute, une réflexion politique sur la place des sexualités
et leur capacité à éclairer l’analyse des autres forces anticapitalistes.
Seule et redondante dans ses revendications et ses modes opératoires, elle ne saurait faire face.
Fabien.